1 - Introduction

Après avoir reposé durant des siècles sur l’agriculture et l’artisanat, l’économie française s’installe au cours du XIXe siècle dans l’ère industrielle. Les conséquences sociales de ces mutations économiques sont d’une ampleur jusqu’alors inconnue. Ainsi, le passage d’une industrie familiale à une grande industrie manufacturière, à Reims notamment, l’émergence de puissantes maisons de négoce de vins de champagne, pour ne citer que ces deux exemples, traduisent un formidable essor des moyens de production qui modifie la condition de l’ouvrier.

Passer de la campagne à la ville, de l’atelier à l’usine, c’est, pour les uns, s’éloigner de la terre nourricière, rompre avec le village et sa communauté protectrice, c’est pour les autres, s’éloigner de sa famille durant la journée, se priver d’un apprentissage familial, en un mot « s’exposer », alors que rien ou presque n’a été prévu quant aux besoins fondamentaux : se loger et se nourrir, se protéger et se soigner, s’instruire et se divertir.

Face à ces besoins, l’État semble alors indifférent. La législation sociale en France prend du retard sur les pays voisins. Sur qui les Marnais confrontés à la misère peuvent-ils compter durant ce siècle de transformations ? Quelques noms, quelques réalisations s’imposent spontanément : l’hôpital Auban-Moët à Épernay, la cité du Chemin Vert de Georges Charbonneaux à Reims, et surtout Léon Harmel, figure du catholicisme social, et son œuvre au Val-des-Bois, à Warmeriville.

D’autres personnalités moins connues, comme Martin Massez à Courtisols ou Maurice Denonvilliers à Sermaize-les-Bains méritent de figurer parmi les bienfaiteurs, philanthropes, mécènes qui ne sont pas restés insensibles à la misère de leur temps. Mais c’est aussi par eux-mêmes, à partir du moment où le législateur leur en a donné la possibilité, que les contemporains ont réussi, grâce à la solidarité et à l’esprit d’association, à faire naître des sociétés mutuelles et autres coopératives destinées à soulager une existence difficile pour le plus grand nombre.

Relayées par des municipalités ou des institutions comme l’École, épaulées par des donateurs anonymes ou qui le sont restés même si leurs noms figurent sur les listes des nombreuses structures qui virent le jour un peu partout dans le département, ces initiatives, modestes, n’ont pas laissé de traces « patrimoniales » autres que celles conservées dans la mémoire collective ou les documents d’archives. En tout cas, ces exemples témoignent que les Marnais, au-delà du travail, surent être généreux en ces temps d’existence précaire.