2 - Des cités pour les ouvriers

Au XIXe siècle la Marne s’industrialise partiellement et s’urbanise de façon inégale sous l’effet de l’exode rural. Si les arrondissements ruraux de Sainte-Menehould et Vitry-le-François déclinent, ceux de Châlons-sur-Marne, Épernay et Reims se développent grâce aux industries, notamment lainières, verrières et viticoles. D’après des enquêtes réalisées entre 1896 et 1902 il ressort qu’il n’y a guère plus d’une centaine de logements à Châlons pour les ouvriers des brasseries et du chemin de fer, 71 à Vitry pour ceux des minoteries, briqueteries et tuileries. À Reims les quartiers ouvriers des faubourgs de Laon, Clairmarais, Neufchâtel, etc. se sont développés sans plan d’ensemble et sans se soucier de salubrité. Plusieurs actions sont cependant entreprises pour créer des habitations à bon marché, par l’Union foncière, société mutuelle pour la propriété créée à Reims en 1870 pour favoriser l’accession à la propriété, ou par la Société anonyme rémoise pour l’amélioration des logements à bon marché, créée en 1882 pour construire puis louer en ville des logements aux ouvriers, ou bien encore par Gilardoni frères à Pargny-sur-Saulx ou Gustave Jémot à Épernay par exemple. De leur côté, certains patrons créent des cités ouvrières : entre 1 000 et 1 200 logements en 1900 dont près de la moitié pour les verreries de Reims, La Neuvillette, Courcy et Loivre, ainsi que pour les industries de la vallée de la Suippe. L'habitat est collectif, mais plus souvent individuel, composé de deux à quatre pièces, les toilettes et les fontaines à eau étant communes. Moët et Chandon fait construire 140 maisons d’ouvriers vignerons dans cinq localités du vignoble de 1870 à 1890, soit beaucoup plus que les autres maisons de champagne. Procédant d’initiatives personnelles plus que collectives, ces réalisations témoignent de l’impérieux besoin en matière de logement.